Le gros de la facture est encore à venir

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Paru dans L'HEBDOYves Genier 

 

Gouffre

 

Après le déflocage dans les années 90, le désamiantage devient obligatoire avant toute rénovation. Une mesure que les cantons introduisent en ordre dispersé. Et qui peut s’avérer très coûteuse pour les propriétaires.

L’amiante. C’est la mauvaise surprise du propriétaire immobilier. Non pas celui des faux plafonds et des isolants – qui ont été ôtés par déflocage dans les années 90, après l’interdiction en 1991 de l’usage de ce matériau cancérigène dans la construction. Mais celui des milliards de microparticules qui se cachent dans les matériaux intensément utilisés dans le bâtiment jusque dans les années 80 et qui contaminent 80% du parc. Ceux-ci représentent un risque tel pour les ouvriers que les cantons rendent obligatoire, les uns après les autres, leur élimination en préalable à tout chantier.

Et l’opération peut s’avérer ruineuse. Vous pensiez refaire entièrement à neuf votre vieille cuisine, trente ans de bons et loyaux services, pour quelque 35 000 francs, travaux de maçonnerie inclus? Attendez-vous à devoir doubler votre budget. «La plupart des petits propriétaires n’ont pas encore pris conscience de l’importance des travaux à entreprendre. Lorsqu’ils la découvrent, ils sont nombreux à renoncer à une partie de leurs projets pour éviter de devoir procéder à un désamiantage», observe Ali Ounaies, ingénieur à la Chambre genevoise immobilière (CGI).

Pour les propriétaires d’immeuble de bureaux comme pour les pouvoirs publics, la facture est déjà salée. «Les coûts de rénovation des écoles ou des immeubles administratifs vont réserver des surprises. Ils pourraient être plus élevés que prévu», juge Philipp Müller, patron de l’entreprise générale homonyme à Reinach, en Argovie, et président du Parti libéral-radical (PLR).

En Suisse romande, la facture est déjà connue auprès de deux cantons pionniers en la matière. Ainsi, Vaud évalue à une fourchette comprise entre 8 et 9 millions de francs les frais engendrés par l’assainissement de six bâtiments – dont le CHUV – entrepris depuis. Genève sait que 246 de ses immeubles devront faire l’objet d’une intervention, soit près d’un sur sept. Plusieurs millions sont en jeu.

Pour un investisseur privé comme Swiss Prime Site, qui possède l’un des plus importants parcs de bureaux en Suisse (loués principalement à Coop, Migros et Credit Suisse), le surcoût lié à l’assainissement d’un immeuble contaminé représente un peu moins de 10% de la facture totale d’une rénovation approfondie. «Lorsque nous faisons des travaux, nous les réalisons dans un grand style, ce qui élève la facture globale», résume Peter Lehmann, directeur financier. Sur les 30 à 50 millions de francs que la firme consacre chaque année aux remises à neuf, quelque 3 à 5 millions sont consacrés à l’élimination des matériaux dangereux, principalement de l’amiante.

La proportion s’élève dans le logement. «On estime à 20% en moyenne le surcoût engendré par le désamiantage pour de gros travaux, comme les interventions dans des immeubles. Pour de petits travaux de réfection dans des maisons individuelles, la facture de départ peut être doublée», précise Ali Ounaies.

La charge pour l’économie helvétique n’est pas connue. Mais si un assainissement représente 10 à 20% des coûts d’un chantier de rénovation pour 80% du parc immobilier suisse, et que le chiffre d’affaires total généré par les rénovations s’est élevé à 18,6 milliards de francs en 2011, il est raisonnable d’estimer le coût entre 1,7 et 3,4 milliards de francs par an. Et cette charge globale va encore augmenter. 

 

Croissance désordonnée. 

 

Le nombre d’assainissements explose déjà dans les cantons de Genève et de Vaud, où la mesure est obligatoire. Des démarches menées essentiellement par des particuliers, qui ne se sentaient jusqu’à récemment pas concernés, et qui sont à la recherche de spécialistes.

Conséquence logique: le secteur d’activité vit une croissance rapide et quelque peu désordonnée. Tout professionnel ayant suivi une formation de quelques jours assurée par la Suva peut intervenir dans le secteur de l’amiante. Aussi les spécialistes se sont-ils multipliés. L’arc lémanique réunit à lui seul le gros de la centaine de membres de l’Association suisse des consultants amiante (ASCA). Celle-ci cherche désormais à mieux s’implanter outre-Sarine.

Et, force est de constater que le secteur n’est plus très loin des règles du Far West: exacerbation de la concurrence, apparition de «moutons noirs» mal formés prêts à casser les prix pour gagner de nouveaux mandats ou, au contraire, à surfacturer leurs interventions en profitant du désarroi de propriétaires peu informés. Les entreprises du bâtiment restent discrètes quant au surcroît de chiffre d’affaires généré par le désamiantage. Ainsi, la Société suisse des entrepreneurs (SSE) ne dispose d’aucune donnée. Et, à Genève, canton le plus engagé, aucune étude n’a été entreprise.

«Le marché est écartelé entre les entrepreneurs travaillant au mieux et ceux qui cherchent à profiter à fond de l’opportunité présente en pratiquant les tarifs les plus élevés, profitant de la crédulité des petits propriétaires», regrette Christophe Estermann, du secrétariat romand de la SSE. Le marché fourmille d’anecdotes concernant des demandes de devis s’échelonnant du simple au triple pour des travaux standards comme l’assainissement d’une pièce d’eau. «Comme pour les autres genres de travaux, il vaut mieux demander plusieurs devis avant d’attribuer les travaux à une entreprise», résume Christophe Estermann.

 

Cosmonaute dans la cuisine.

 

Pourquoi donc ces travaux sont-ils si chers? Un assainissement est une opération complexe, qui se déroule en plusieurs étapes. Avant même de donner le premier coup de marteau dans les murs à démolir, un expert doit procéder à un diagnostic afin de déceler l’éventuelle présence d’amiante dans la maison. Ce spécialiste procédera à des sondages dans les parties à démolir afin de prélever tout matériau susceptible de contenir de la matière dangereuse. Puis il enverra le résultat de ses recherches à un laboratoire, qui les analysera. Prix moyen du diagnostic pour une villa standard: de 1200 à 3500 francs, soit entre 600 et 1500 francs d’honoraires, auxquels s’ajoutent des frais d’analyse en laboratoire, 65 francs l’unité. 

 

Bombes à retardement. 

 

Si les résultats révèlent la présence du matériau maudit, une entreprise spécialisée devra être chargée de l’ôter après avoir mis en place un confinement pratiquement étanche de la zone d’intervention, puis d’y envoyer des ouvriers revêtus de sortes de tenues de cosmonautes, avec masques à air comprimé! Son prix: jusqu’à 200 000 francs pour le désamiantage d’une maison particulière, sans compter une prolongation de la durée des travaux d’une, voire plusieurs semaines. De même, il faut compter 8000 francs pour l’assainissement d’une cuisine et d’une salle de bains.

Les microparticules d’amiante peuvent se dissimuler dans tous les matériaux utilisés comme liants: colles de carrelages ou de carreaux de cuisine et de salle de bains, mastics de joints de fenêtre, crépis de façades intérieures ou de moulures. Elles parsèment aussi les plaques isolantes et les tuiles de fibrociment des façades et les toits.

D’ordinaire inoffensifs lorsqu’on ne les touche pas, ces matériaux se transforment en bombes à retardement sanitaires sitôt qu’on intervient dessus. Toute personne exposée intensément, même peu de temps, à des poussières amiantées peut souffrir d’un cancer de la plèvre, lequel peut se déclarer trente, voire quarante ans plus tard (lire l’encadré).

«La zone à désamianter doit d’abord être confinée et placée en sous-pression afin d’éviter que des particules ne s’échappent», explique Tauno Jalanti, président de Micro-scan, l’un des trois laboratoires spécialisés de Suisse romande. «Si la zone n’est qu’une pièce intérieure, le confinement est assez modeste. Mais si le crépi de façade doit être assaini, la maison entière doit être emballée. L’accès au confinement se fait par un sas divisé en trois compartiments, dans lesquels l’ouvrier, qui y entre en sous-vêtements, enfile son masque puis ses habits protecteurs avant de saisir ses outils demeurés à l’intérieur de la zone contaminée. A la sortie, il se douche au moyen d’une installation filtrant l’eau d’écoulement.»

 

La main de la Suva. 

 

Pour le propriétaire, il devient de plus en plus difficile d’échapper à ces contraintes. A Genève et dans le canton de Vaud, elles ont même été rendues obligatoires, dès juin 2009 pour le premier, dès mars 2011 pour le second. De même, elles pourraient être étendues prochainement à Neuchâtel et à Fribourg, qui étudient actuellement des projets de loi similaire. «La partie alémanique du pays se montre moins attentive à la question de l’impact sanitaire de l’amiante sur les ouvriers du bâtiment. Il s’agit d’un biais culturel», observe la Zurichoise Brigitta Danuser, médecin et directrice de l’Institut universitaire romand de santé au travail à Lausanne. Et pourtant, «il serait bien que cette obligation devienne fédérale», suggère Philipp Müller.

Influencée par la réglementation française, très restrictive, la Cité de Calvin s’était émue en 2008 et en 2009 du cancer de la plèvre de la présidente du Grand Conseil, une bibliothécaire contaminée par l’amiante déposé dans le cycle d’orientation du Foron où elle travaillait. Présenté par le Département de l’environnement du Vert Robert Cramer et par le Département du logement du socialiste Laurent Moutinot, l’obligation avait été adoptée à une large majorité par le législatif cantonal dans un climat d’«hystérie politique», selon le souvenir de Nicolas Rufener, directeur de la Fédération des métiers du bâtiment (FMB).

Vaud a suivi quelques mois plus tard, sous l’impulsion de Pierre-Yves Maillard, conseiller d’Etat socialiste, et de son collègue Vert François Marthaler. 

L’objectif des deux cantons lémaniques était d’obliger les maîtres d’Etat d’appliquer une ordonnance fédérale très détaillée, mais fort peu contraignante, sur «la santé et la protection des travailleurs dans les travaux de construction». Publiée le 2 juillet 2008, elle accordait aux entrepreneurs le droit d’exiger un désamiantage avant une mise en chantier. Ce texte donnait force de loi à une version révisée en décembre de la même année de la Directive amiante (dite aussi 6503) de la Commission fédérale pour la sécurité au travail (CFST), énonçant les mesures à prendre (confinement, sas, etc.) pour protéger la santé des travailleurs de la construction.

C’est sous la pression de la Caisse nationale d’assurance pour les accidents professionnels (Suva) que cette directive remontant à 1990 a été durcie. Inquiète de l’augmentation du nombre de cas de cancers liés à l’exposition à l’amiante, et alarmée à la perspective de devoir assurer des dommages estimés à plusieurs centaines de millions de francs, l’assurance a poussé la commission technique chimie de la CFST 
à se saisir de la question dès 2003. Constitué de onze membres dont cinq représentants de la Suva, un de l’Office fédéral de la santé publique, un des cantons, trois des organisations syndicales et patronales et un entrepreneur, ce groupe de travail a élaboré un catalogue de mesures en cinq ans.

Quoique très complète, la directive est peu appliquée dans les cantons qui ne l’ont pas rendue obligatoire. «Pour gagner des mandats, les entrepreneurs n’ont pas osé faire systématiquement valoir ce droit», observe Thierry Dutoit, patron de HSE, une entreprise spécialisée dans le diagnostic amiante à Bienne. 

 

Recul.

 

Si la réglementation a indiscutablement amélioré la sécurité sanitaire des ouvriers du bâtiment, particulièrement dans les cantons où elle est obligatoire, son efficacité reste discutée. Elle demeure inopérante pour les petites interventions ne nécessitant pas de permis de construire. Les petits propriétaires sont donc fortement tentés de ne procéder à aucun diagnostic amiante avant d’entreprendre des travaux à l’intérieur de leur maison, au risque de devoir procéder à un désamiantage en catastrophe une fois les travaux engagés et après que la poussière toxique s’est répandue partout.

Aussi les cantons les plus interventionnistes en la matière ont-ils adouci leur position. Genève a limité l’obligation des diagnostics amiante aux seules parties des immeubles concernées par un chantier. Et Vaud, qui exigeait un diagnostic sur l’ensemble du bâtiment avant le moindre chantier, a récemment réduit ses exigences aux seulesparties touchées par une intervention. 

Les propriétaires, en particuliers les plus petits, auraient cependant tort de trop s’en réjouir. Même adoucies, ces contraintes sont destinées à durer. Tel est le prix à payer, aujourd’hui et par les générations à venir, de décennies d’utilisation irresponsable 
d’un matériau de construction aux effets potentiellement mortels.

 


 

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