L'histoire des HAP est aussi l'histoire de la première fois où l'on a compris qu'un métier pouvait provoquer un cancer.
Depuis Pott en 1775, goudrons, suies et fumées restent des marqueurs majeurs du bâti ancien et des chantiers.
Les hydrocarbures aromatiques polycycliques accompagnent l'humanité depuis la maîtrise du feu. En 1775, un chirurgien londonien établit pour la première fois le lien entre une substance chimique et le cancer. Deux siècles et demi plus tard, les HAP sont toujours présents dans nos bâtiments, nos routes et notre air.
L'histoire des HAP est aussi l'histoire de la première fois où l'on a compris qu'un métier pouvait provoquer un cancer.
Depuis Pott en 1775, goudrons, suies et fumées restent des marqueurs majeurs du bâti ancien et des chantiers.
En 1775, le chirurgien britannique Percivall Pott fait une observation qui changera l'histoire de la médecine. Il constate que les ramoneurs de Londres — des garçons souvent envoyés dans les cheminées dès l'âge de 4 ans — développent un cancer du scrotum après 20 à 25 ans d'exposition à la suie. C'est le premier cancer professionnel jamais documenté et la première fois qu'un cancer est associé à une exposition environnementale.
Ce qui rend cette découverte encore plus remarquable, c'est qu'il faudra attendre plus de 150 ans pour que les scientifiques identifient précisément les molécules responsables : les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), et en particulier le benzo[a]pyrène.
Les civilisations anciennes brûlent du bois et du charbon pour le chauffage et la métallurgie. Les dépôts de suie dans les habitations et les ateliers exposent déjà les populations aux hydrocarbures aromatiques polycycliques, sans que le danger soit identifié.
Le chirurgien britannique Percivall Pott publie ses observations sur le cancer du scrotum chez les ramoneurs de Londres. Ces jeunes garçons, envoyés dans les cheminées dès l'âge de 4 ans, développent des tumeurs après 20 à 25 ans d'exposition à la suie. C'est la première fois qu'un cancer est associé à une exposition environnementale — et le premier cancer professionnel jamais documenté.
Source : Chirurgical Observations, Percivall Pott, 1775
En réponse directe aux travaux de Pott, le Parlement britannique adopte le Chimney Sweepers Act, interdisant l'emploi d'enfants de moins de 8 ans comme ramoneurs. C'est l'une des premières lois de protection des travailleurs inspirée par la recherche médicale.
Source : Parlement britannique, 1788
La révolution industrielle multiplie les usines à gaz, les cokeries et les fonderies. Le goudron de houille, sous-produit massif de la fabrication du gaz d'éclairage, est utilisé pour imperméabiliser les toitures, paver les routes et protéger le bois. Chaque ville majeure possède son usine à gaz, créant des milliers de sites contaminés aux HAP.
Un siècle après Pott, le cancer du scrotum est officiellement reconnu comme maladie professionnelle en Grande-Bretagne pour les travailleurs exposés à la suie, au goudron de houille et aux huiles minérales. La reconnaissance arrive un siècle trop tard pour des milliers de victimes.
Source : Factory and Workshop Act, 1875
Les chercheurs japonais Katsusaburō Yamagiwa et Kōichi Ichikawa réussissent pour la première fois à induire un cancer en laboratoire en appliquant du goudron de houille sur les oreilles de lapins pendant plusieurs mois. Cette expérience fondamentale prouve que des substances chimiques peuvent directement provoquer le cancer.
Source : Tokyo Imperial University, 1915
« La maladie, chez ces personnes, semble tirer son origine d'un dépôt de suie dans les replis du scrotum. »
La révolution industrielle transforme le charbon en énergie — mais aussi en déchets toxiques. Le goudron de houille, sous-produit massif de la fabrication du gaz d'éclairage et de la cokéfaction, est utilisé pour tout : imperméabiliser les toitures, paver les routes, protéger le bois, coller les revêtements de sol. Chaque ville majeure possède son usine à gaz — et crée ainsi des milliers de sites contaminés.
Dans les années 1930, Ernest Kennaway et son équipe au Cancer Hospital Research Institute de Londres identifient enfin le coupable : le benzo[a]pyrène (BaP), premier cancérigène chimique pur jamais isolé. Il deviendra la référence parmi les 16 HAP prioritaires définis par l'EPA américaine.
Le biochimiste britannique Ernest Kennaway et son équipe au Cancer Hospital Research Institute isolent le benzo[a]pyrène (BaP) du goudron de houille et démontrent qu'il provoque le cancer chez la souris. C'est le premier cancérigène chimique pur jamais identifié. Cook, Hewett et Hieger confirment sa structure en 1933. Le BaP deviendra la référence parmi les 16 HAP prioritaires.
Source : Cook, Hewett & Hieger, Journal of the Chemical Society, 1933
L'après-guerre voit une expansion massive du réseau routier. Le goudron de houille est massivement utilisé comme liant dans les enrobés routiers. Les ouvriers du bâtiment, les asphalteurs et les couvreurs sont exposés quotidiennement à des concentrations élevées de HAP, sans aucune protection.
Les recherches démontrent que la fumée de tabac contient plus de 500 HAP différents, dont le benzo[a]pyrène. Un fumeur inhale environ 0,26 µg de BaP par paquet de 20 cigarettes. Les HAP sont identifiés comme l'un des principaux agents cancérigènes de la fumée de tabac — le premier cancérigène chimique isolé de la cigarette.
Source : Cancer Research, études des années 1950-1960
Les mouvements écologiques mettent en lumière la contamination généralisée par les HAP. On découvre leur présence dans l'air urbain, les eaux de surface, les sols à proximité des routes et des sites industriels. L'EPA américaine établit une liste de 16 HAP prioritaires qui deviendra la référence mondiale pour la surveillance environnementale.
Source : US EPA, Priority Pollutant List
Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/IARC) classe le benzo[a]pyrène dans le Groupe 1 — cancérigène avéré pour l'homme. L'exposition professionnelle dans les fonderies, les cokeries, la production d'aluminium et le goudronnage est directement liée au cancer du poumon, de la vessie et de la peau.
Source : IARC Monographs, Volume 32, 1983 (réévalué en 2010, Vol. 92)
« Nous avons réussi à produire un cancer en appliquant du goudron de houille sur la peau d'un animal. La preuve expérimentale est désormais établie. »
« Le benzo[a]pyrène est le premier composé pur dont l'activité cancérigène a été démontrée de manière irréfutable. »
La fumée de cigarette contient plus de 500 HAP différents. Parmi eux, le benzo[a]pyrène est le cancérigène le plus puissant — c'est d'ailleurs le premier cancérigène chimique isolé de la fumée de tabac. Un fumeur inhale environ 0,26 µg de BaP par paquet de 20 cigarettes.
Les HAP sont l'un des principaux mécanismes par lesquels le tabac provoque le cancer. Dans l'organisme, les enzymes transforment le BaP en métabolites réactifs qui endommagent directement l'ADN, provoquant des mutations à l'origine de tumeurs du poumon, du larynx, de la vessie et d'autres organes.
HAP dans la fumée de tabac
substances différentes identifiées
BaP par paquet
inhalé par le fumeur
Classification CIRC
cancérigène avéré pour l'homme
Jusqu'aux années 1990, le goudron de houille était massivement utilisé dans la construction suisse. On le retrouvait dans les étanchéités de toiture, les colles à parquet, les revêtements de sol, les joints de dilatation et les enduits de protection. Son remplacement progressif par le bitume de pétrole (contenant moins de HAP) n'a pas effacé les millions de mètres carrés déjà installés.
Lors de travaux de rénovation ou de démolition, ces matériaux libèrent des HAP sous forme de poussières et de vapeurs. La chaleur aggrave considérablement le problème : le découpage, le ponçage et surtout le chauffage des enrobés génèrent des concentrations élevées de BaP dans l'air.
« On travaillait le goudron à mains nues, sans masque, sans gants. La chaleur dégageait des vapeurs épaisses qu'on respirait toute la journée. Personne ne nous avait dit que c'était dangereux. »
En Suisse, l'OLED (Ordonnance sur la limitation et l'élimination des déchets) fixe les seuils de gestion des matériaux contenant des HAP. Tout bâtiment construit avant 1990 est susceptible de contenir des matériaux à base de goudron de houille. Un diagnostic avant travaux est obligatoire conformément à l'article 16 de l'OLED.
La SUVA impose également des mesures de protection strictes pour les travailleurs. Dès 100 mg/kg de BaP ou 2'500 mg/kg de HAP totaux, une protection complète avec filtrage de l'air est requise, y compris un filtre à charbon actif à partir de 1'000 mg/kg de naphtalène.
Enrobés pouvant être valorisés sans restriction particulière dans le cadre de la construction routière.
Valorisation restreinte : les enrobés doivent être mélangés dans une installation appropriée pour ramener la teneur en HAP en dessous de 250 mg/kg.
Traitement spécialisé obligatoire avec élimination des HAP. Ces matériaux ne peuvent pas être valorisés et doivent être traités dans des installations agréées.
Seuil critique OLED
traitement spécialisé obligatoire
Protection SUVA
filtrage de l'air requis
Bâtiments concernés
diagnostic obligatoire avant travaux
Les HAP ne sont pas un problème du passé. Ils sont produits par toute combustion incomplète de matière organique : trafic routier, chauffage au bois, incinération, industrie, cuisson des aliments. En milieu urbain, le trafic diesel est la première source d'exposition. En 2012, le CIRC a classé les émissions diesel en Groupe 1 (cancérigène avéré).
Dans les bâtiments anciens, les HAP sont libérés lors de toute perturbation des matériaux contenant du goudron de houille : perçage, découpage, ponçage, démolition. La rénovation énergétique du parc immobilier suisse implique d'intervenir sur des centaines de milliers de bâtiments potentiellement contaminés.
Les HAP sont parmi les polluants les mieux étudiés au monde. Voici les données essentielles pour comprendre l'ampleur du problème.
ans depuis la découverte de Pott (1775)
16
Nombre de HAP classés prioritaires par l'EPA américaine, dont le benzo[a]pyrène (BaP), référence pour l'évaluation de la toxicité.
Groupe 1
Classification CIRC du benzo[a]pyrène : cancérigène avéré pour l'homme. Cancers du poumon, de la vessie et de la peau documentés.
1’000 mg/kg
Au-dessus de cette concentration en HAP dans les enrobés, un traitement spécialisé est obligatoire selon l'OLED.
100 mg/kg BaP
Seuil de benzo[a]pyrène à partir duquel la SUVA exige une protection complète avec filtrage de l'air pour les travailleurs.
Avant 1990
Tous les bâtiments construits avant 1990 en Suisse sont susceptibles de contenir des matériaux avec des HAP (étanchéités, colles, revêtements).
500+ HAP
Nombre de HAP différents identifiés dans la fumée de cigarette. Le BaP est le cancérigène le plus puissant de la fumée de tabac.
De l'Antiquité à 2025 : tous les événements clés de l'histoire des HAP.
Les civilisations anciennes brûlent du bois et du charbon pour le chauffage et la métallurgie. Les dépôts de suie dans les habitations et les ateliers exposent déjà les populations aux hydrocarbures aromatiques polycycliques, sans que le danger soit identifié.
Le chirurgien britannique Percivall Pott publie ses observations sur le cancer du scrotum chez les ramoneurs de Londres. Ces jeunes garçons, envoyés dans les cheminées dès l'âge de 4 ans, développent des tumeurs après 20 à 25 ans d'exposition à la suie. C'est la première fois qu'un cancer est associé à une exposition environnementale — et le premier cancer professionnel jamais documenté.
Source : Chirurgical Observations, Percivall Pott, 1775
En réponse directe aux travaux de Pott, le Parlement britannique adopte le Chimney Sweepers Act, interdisant l'emploi d'enfants de moins de 8 ans comme ramoneurs. C'est l'une des premières lois de protection des travailleurs inspirée par la recherche médicale.
Source : Parlement britannique, 1788
La révolution industrielle multiplie les usines à gaz, les cokeries et les fonderies. Le goudron de houille, sous-produit massif de la fabrication du gaz d'éclairage, est utilisé pour imperméabiliser les toitures, paver les routes et protéger le bois. Chaque ville majeure possède son usine à gaz, créant des milliers de sites contaminés aux HAP.
Un siècle après Pott, le cancer du scrotum est officiellement reconnu comme maladie professionnelle en Grande-Bretagne pour les travailleurs exposés à la suie, au goudron de houille et aux huiles minérales. La reconnaissance arrive un siècle trop tard pour des milliers de victimes.
Source : Factory and Workshop Act, 1875
Les chercheurs japonais Katsusaburō Yamagiwa et Kōichi Ichikawa réussissent pour la première fois à induire un cancer en laboratoire en appliquant du goudron de houille sur les oreilles de lapins pendant plusieurs mois. Cette expérience fondamentale prouve que des substances chimiques peuvent directement provoquer le cancer.
Source : Tokyo Imperial University, 1915
Le biochimiste britannique Ernest Kennaway et son équipe au Cancer Hospital Research Institute isolent le benzo[a]pyrène (BaP) du goudron de houille et démontrent qu'il provoque le cancer chez la souris. C'est le premier cancérigène chimique pur jamais identifié. Cook, Hewett et Hieger confirment sa structure en 1933. Le BaP deviendra la référence parmi les 16 HAP prioritaires.
Source : Cook, Hewett & Hieger, Journal of the Chemical Society, 1933
L'après-guerre voit une expansion massive du réseau routier. Le goudron de houille est massivement utilisé comme liant dans les enrobés routiers. Les ouvriers du bâtiment, les asphalteurs et les couvreurs sont exposés quotidiennement à des concentrations élevées de HAP, sans aucune protection.
Les recherches démontrent que la fumée de tabac contient plus de 500 HAP différents, dont le benzo[a]pyrène. Un fumeur inhale environ 0,26 µg de BaP par paquet de 20 cigarettes. Les HAP sont identifiés comme l'un des principaux agents cancérigènes de la fumée de tabac — le premier cancérigène chimique isolé de la cigarette.
Source : Cancer Research, études des années 1950-1960
Les mouvements écologiques mettent en lumière la contamination généralisée par les HAP. On découvre leur présence dans l'air urbain, les eaux de surface, les sols à proximité des routes et des sites industriels. L'EPA américaine établit une liste de 16 HAP prioritaires qui deviendra la référence mondiale pour la surveillance environnementale.
Source : US EPA, Priority Pollutant List
Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/IARC) classe le benzo[a]pyrène dans le Groupe 1 — cancérigène avéré pour l'homme. L'exposition professionnelle dans les fonderies, les cokeries, la production d'aluminium et le goudronnage est directement liée au cancer du poumon, de la vessie et de la peau.
Source : IARC Monographs, Volume 32, 1983 (réévalué en 2010, Vol. 92)
Les diagnostics de polluants du bâti révèlent la présence massive de HAP dans les constructions d'avant 1990 : étanchéités bitumineuses au goudron de houille, colles noires pour parquets et carrelages, revêtements de sol, joints de dilatation et enduits de protection. Le goudron de houille était omniprésent dans la construction suisse jusqu'à son remplacement progressif par le bitume de pétrole.
L'Union européenne restreint l'utilisation des produits à base de goudron de houille (créosote, brai de houille) dans la construction et les produits de consommation. Cependant, des millions de bâtiments existants contiennent encore ces matériaux — le problème est désormais celui de la gestion du parc immobilier ancien.
Source : Directive REACH, règlement CE n° 1907/2006
Le CIRC classe les émissions de moteurs diesel dans le Groupe 1 (cancérigène avéré). Les gaz d'échappement diesel sont une source majeure de HAP en milieu urbain. Le trafic routier reste aujourd'hui la première source d'exposition aux HAP pour la population générale.
Source : IARC Monographs, Volume 105, 2012
L'OLED (Ordonnance sur la limitation et l'élimination des déchets) fixe les seuils pour la gestion des enrobés bitumineux contenant des HAP. Au-dessus de 250 mg/kg : valorisation restreinte. Au-dessus de 1'000 mg/kg : traitement spécialisé obligatoire avec élimination des HAP. Ces seuils s'appliquent à tous les chantiers de rénovation et de démolition.
Source : OLED, annexe 4, ch. 3.3
En Suisse, tout bâtiment construit avant 1990 est susceptible de contenir des matériaux avec des HAP. Les diagnostics avant travaux sont obligatoires (art. 16 OLED). La SUVA impose des mesures de protection strictes : dès 100 mg/kg de BaP ou 2'500 mg/kg de HAP totaux, une protection complète avec filtrage de l'air est requise. Le coût d'assainissement peut varier de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers de francs.
Source : SUVA, Fiche thématique HAP, 2024
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