Le même métal traverse l'Empire romain, l'essence automobile et encore aujourd'hui les logements anciens.
Sa toxicité est connue depuis l'Antiquité, mais l'exposition au plomb cause encore 1,5 million de morts par an.
Des conduites romaines à l'essence au plomb, en passant par la céruse des peintres : l'histoire d'un métal dont la toxicité est documentée depuis plus de 2'000 ans, mais dont l'exploitation a été défendue bec et ongles par l'industrie. Voici les faits.
Le même métal traverse l'Empire romain, l'essence automobile et encore aujourd'hui les logements anciens.
Sa toxicité est connue depuis l'Antiquité, mais l'exposition au plomb cause encore 1,5 million de morts par an.
Le plomb est l'un des premiers métaux travaillés par l'humanité. Facile à fondre (327 °C), malléable, résistant à la corrosion, il était idéal pour les conduites d'eau, la vaisselle et les cosmétiques. Les Romains l'appelaient plumbum — d'où le mot « plombier » et le symbole chimique Pb.
Mais ses effets toxiques étaient déjà documentés. Dès le IIe siècle av. J.-C., le médecin grec Nikandre de Colophon décrivait les coliques et la paralysie provoquées par le plomb. Au Ier siècle av. J.-C., l'architecte Vitruve mettait en garde contre les conduites en plomb pour l'eau potable.
Les Romains cuisaient le moût de raisin dans des récipients en plomb pour produire le sapa, un sirop sucré utilisé comme édulcorant. L'acide du raisin réagissait avec le plomb pour former de l'acétate de plomb — un « sucre de plomb » au goût agréable mais mortel à long terme. Certains historiens ont émis l'hypothèse que cette consommation massive a contribué au déclin de l'Empire romain.
« L'eau ne devrait pas être acheminée par des conduites en plomb si nous désirons qu'elle soit saine. On observe en effet que le teint des ouvriers du plomb est pâle, car les vapeurs du plomb détruisent la vigueur du sang. »
Des objets en plomb sont retrouvés dans des sites archéologiques en Anatolie (Turquie actuelle). Le plomb, facile à fondre et à mouler, est utilisé pour des figurines, des poids et des sceaux.
Source : Archives archéologiques
Le poète et médecin grec Nikandre de Colophon décrit les coliques et la paralysie causées par le plomb dans son traité Alexipharmaca. C'est l'une des premières descriptions cliniques du saturnisme.
Source : Nikandre de Colophon, Alexipharmaca, IIe siècle av. J.-C.
L'architecte romain Vitruve, dans son De Architectura, recommande d'utiliser des conduites en terre cuite plutôt qu'en plomb pour l'eau potable. Il observe que les ouvriers du plomb ont « le teint pâle » et une santé dégradée. Le mot latin plumbum donnera « plombier » et le symbole chimique Pb.
Source : Vitruve, De Architectura, livre VIII
Les Romains cuisent le moût de raisin dans des récipients en plomb pour produire le sapa (sirop réduit au tiers) et le defrutum (réduit de moitié). L'acide du raisin réagit avec le plomb pour former de l'acétate de plomb — un édulcorant toxique. Les élites romaines en consomment quotidiennement.
Source : Columelle, De Re Rustica ; Pline l'Ancien, Histoire naturelle
Des historiens modernes émettront l'hypothèse que l'usage massif du plomb — conduites d'eau, vaisselle, cosmétiques, vin au sapa — a contribué au déclin de l'Empire romain par empoisonnement chronique des élites. La thèse reste débattue, mais les analyses de squelettes romains révèlent des taux de plomb très élevés.
Source : Jerome Nriagu, Lead and Lead Poisoning in Antiquity, 1983
Dans une lettre célèbre, Benjamin Franklin décrit les effets du plomb observés dans les imprimeries et les distilleries. Il note avec amertume que ces dangers étaient déjà connus depuis des décennies, mais que « l'humanité est lente à adopter les vérités qui contrarient ses habitudes ».
Source : Lettre de Benjamin Franklin à Benjamin Vaughan, 1786
Avec la révolution industrielle, la production de céruse (blanc de plomb) explose. Ce pigment blanc opaque, utilisé depuis l'Antiquité, recouvre désormais les bâtiments, les gares, les ponts, les navires et les logements de toute l'Europe. En France, au XIXe siècle, jusqu'à 50 % des ouvriers des usines de céruse sont hospitalisés chaque année.
Le saturnisme — du nom de Saturne, associé au plomb en alchimie — désigne l'intoxication chronique au plomb. Ses symptômes sont terrifiants : coliques violentes, paralysie des membres, convulsions, encéphalopathie, coma. Les « coliques du peintre » sont une expression courante au XIXe siècle.
En 1897, en Australie, le Dr J. Lockhart Gibson identifie les premiers cas massifs de saturnisme chez des enfants — ils ingèrent les écailles de peinture au plomb qui se détachent des murs et des vérandas. La peinture au plomb deviendra l'une des plus grandes menaces pour la santé infantile du XXe siècle.
Le médecin français Louis Tanquerel des Planches publie un traité médical exhaustif sur le saturnisme (intoxication au plomb), documentant plus de 1 200 cas cliniques. Il décrit les coliques de plomb, l'encéphalopathie et la paralysie des membres. L'ouvrage fait référence pendant des décennies.
Source : Tanquerel des Planches, Traité des maladies de plomb ou saturnines, 1839
En France, jusqu'à 50 % des ouvriers des usines de céruse (blanc de plomb) sont hospitalisés chaque année pour des intoxications graves. Les « coliques du peintre » deviennent une expression courante. Les femmes et les enfants sont particulièrement touchés.
Source : Rapports de l'Inspection du travail, France, XIXe siècle
En Australie, le Dr J. Lockhart Gibson identifie des cas massifs de saturnisme chez des enfants à Brisbane. Il établit le lien entre les peintures à base de plomb utilisées sur les vérandas et les intoxications infantiles. Les enfants ingèrent des écailles de peinture.
Source : J. Lockhart Gibson, Australasian Medical Gazette, 1904
La loi du 20 juillet 1909, soutenue par Georges Clemenceau, interdit l'usage de la céruse (blanc de plomb) dans tous les travaux de peinture en France. L'entrée en vigueur est reportée à 1915. La production n'est pas interdite — le plomb continue d'être exporté.
Source : Loi du 20 juillet 1909, France
La Suisse interdit l'utilisation de conduites en plomb pour les réseaux d'eau potable. C'est l'une des premières mesures de protection contre le plomb dans le pays. Cependant, les conduites existantes restent en service dans de nombreux bâtiments pendant des décennies.
Source : Législation fédérale suisse, 1914
L'OMS affirme qu'il n'existe aucun niveau sûr d'exposition au plomb. Les enfants sont particulièrement vulnérables car leur système nerveux est en développement et ils absorbent proportionnellement plus de plomb que les adultes.
En 1921, l'ingénieur Thomas Midgley Jr., travaillant pour General Motors, découvre que le plomb tétraéthyle (TEL) élimine le cliquetis des moteurs à essence. C'est le début d'un des plus grands désastres environnementaux de l'histoire. Midgley inventera également les CFC, responsables de la destruction de la couche d'ozone — un historien le qualifiera de « l'organisme qui a le plus nui à l'atmosphère terrestre ».
En 1924, General Motors, Standard Oil et DuPont créent l'Ethyl Corporation pour produire et commercialiser l'essence au plomb. Le produit est vendu sous la marque « Ethyl » — le mot « plomb » est délibérément évité.
Dès les premiers mois, c'est la catastrophe. À l'usine de Bayway (New Jersey), des dizaines d'ouvriers développent des hallucinations, des convulsions, des psychoses. L'usine est surnommée « la maison des fous ». Au total, 15 ouvriers meurent et des dizaines sont hospitalisés. Midgley répond en versant du TEL sur ses mains et en inhalant ses vapeurs devant les journalistes — il sera lui-même hospitalisé peu après pour intoxication au plomb.
L'Organisation internationale du travail (OIT) adopte la Convention n° 13 interdisant l'usage de la céruse et du sulfate de plomb dans la peinture. La France la ratifie en 1926. Les États-Unis refusent de la ratifier — ils ne l'ont toujours pas fait.
Source : Convention OIT n° 13, 1921
L'ingénieur Thomas Midgley Jr., travaillant pour General Motors, découvre que le plomb tétraéthyle (TEL) élimine le cliquetis des moteurs à essence. C'est le début de l'essence au plomb. Midgley inventera aussi les CFC, qui détruiront la couche d'ozone. Un historien le qualifiera de « l'homme qui a le plus nui à l'atmosphère terrestre ».
Source : Midgley et al., Industrial and Engineering Chemistry, 1922
General Motors, Standard Oil et DuPont créent l'Ethyl Corporation pour produire l'essence au plomb. En quelques mois, des dizaines d'ouvriers de l'usine de Bayway (New Jersey) développent des hallucinations, des convulsions et des psychoses. Au total, 15 ouvriers meurent et des dizaines sont hospitalisés. L'usine est surnommée « la maison des fous ».
Source : Archives du New York Times, octobre 1924
Lors d'une conférence de presse, Thomas Midgley Jr. verse du plomb tétraéthyle sur ses mains et en inhale les vapeurs pendant 60 secondes pour « prouver » son innocuité. En réalité, Midgley avait lui-même été hospitalisé pour intoxication au plomb peu avant. Il est ensuite contraint de partir en convalescence.
Source : Conference de presse, 30 octobre 1924
Après une suspension d'un an et une enquête du Public Health Service dirigée par des scientifiques proches de l'industrie, les ventes d'essence au plomb reprennent aux États-Unis. Robert Kehoe, médecin financé par l'Ethyl Corporation, affirme que le plomb est « naturellement présent » dans le corps humain — une affirmation fausse qui ne sera réfutée que des décennies plus tard.
Source : U.S. Surgeon General Conference, mai 1925
Un seul homme a causé deux des plus grands désastres environnementaux de l'histoire. Midgley est mort en 1944, étranglé par un système de poulies qu'il avait inventé pour compenser sa paralysie — causée par la polio.
En 1956, le géochimiste Clair Cameron Patterson détermine l'âge de la Terre à 4,55 milliards d'années. Mais pour y parvenir, il doit construire le premier laboratoire « ultra-propre » au monde : le plomb est partout — dans l'eau, l'air, la verrerie, les murs. Patterson comprend que la contamination est d'origine industrielle et décide de le prouver.
En 1965, il publie une étude démonstrative : les niveaux de plomb dans le sang des Américains sont 100 fois supérieurs aux niveaux naturels. Le « plomb naturel » de Robert Kehoe est en réalité de la pollution industrielle. L'industrie réagit avec férocité : Patterson perd ses contrats de recherche, ses financements sont coupés, on tente de le faire renvoyer du Caltech.
En 1966, le sénateur Edmund Muskie convoque des auditions au Sénat américain. Patterson et Kehoe témoignent face à face. Kehoe maintient que les niveaux sont naturels. Patterson le réfute, preuves à l'appui. Ce combat préparera le Clean Air Act de 1970 et, à terme, la disparition de l'essence au plomb.
« Le plomb est naturellement présent dans le corps humain. Les niveaux observés dans la population ne présentent aucun danger. »
« Le plomb contenu dans le sang des Américains d'aujourd'hui n'est pas naturel. Il est le résultat direct de la pollution industrielle, principalement de l'essence au plomb. »
Robert Kehoe, directeur du Kettering Laboratory financé par l'industrie du plomb, publie des études affirmant qu'il existe un « seuil de sécurité » pour l'exposition au plomb et que les niveaux observés dans la population sont naturels. Il détient un quasi-monopole sur les données pendant 30 ans. Ses conclusions protègent l'industrie pendant des décennies.
Le géochimiste Clair Cameron Patterson détermine l'âge de la Terre à 4,55 milliards d'années grâce aux isotopes du plomb dans des météorites. Mais pour y parvenir, il doit créer le premier laboratoire « ultra-propre » au monde : le plomb est partout — dans l'eau, l'air, la verrerie, les murs. Il comprend que la contamination au plomb est un phénomène mondial d'origine industrielle.
Clair Patterson publie Contaminated and Natural Lead Environments of Man, démontrant que les niveaux de plomb dans le sang des Américains sont 100 fois supérieurs aux niveaux naturels. Il prouve que le plomb « naturel » de Kehoe est en réalité de la pollution industrielle. L'industrie du plomb tente de le faire taire : il perd des contrats, ses financements sont coupés, on le pousse à quitter le Caltech.
Le sénateur Edmund Muskie convoque des auditions au Sénat où Patterson et Kehoe témoignent face à face. Kehoe maintient que les niveaux de plomb sont naturels. Patterson démontre, preuves à l'appui, que c'est faux. Ce combat préparera le terrain pour le Clean Air Act de 1970.
Le Clean Air Act est voté à l'unanimité au Sénat américain, sous l'impulsion du sénateur Muskie. Il donne à l'EPA le pouvoir de réguler les polluants atmosphériques, y compris le plomb. L'industrie résiste pendant encore des années avant que l'essence au plomb ne soit effectivement retirée.
La France a interdit la céruse dans la peinture dès 1909. L'Organisation internationale du travail a adopté une convention en 1921. Pourtant, les États-Unis n'ont interdit la peinture au plomb qu'en 1978 — 69 ans après la France.
Ce retard a eu des conséquences dévastatrices, en particulier pour les enfants des quartiers défavorisés vivant dans des logements anciens où la peinture se dégrade. Les jeunes enfants ingèrent les écailles et la poussière de peinture au plomb, provoquant des dommages cérébraux irréversibles.
Aujourd'hui encore, l'OMS et le PNUE estiment qu'environ 100 pays n'ont toujours pas de limites légales contraignantes sur le plomb dans la peinture.
La Suisse a été relativement précoce sur certains aspects : les conduites en plomb pour l'eau potable ont été interdites dès 1914. Cependant, les conduites existantes sont restées en service dans de nombreux bâtiments pendant des décennies.
Les peintures au plomb ont été retirées du marché dans les années 1950, mais l'interdiction formelle dans l'Ordonnance sur la réduction des risques liés aux produits chimiques (ORRChim) ne date que de 2003.
Aujourd'hui, le plomb reste présent dans de nombreux bâtiments anciens : peintures, raccords de canalisations, mastics de vitrage, revêtements anticorrosion, feuilles d'étanchéité, vitraux. Lors de rénovations, le poussière et les écailles de ces matériaux peuvent contaminer les occupants — en particulier les jeunes enfants.
La Suisse interdit l'utilisation de conduites en plomb pour les réseaux d'eau potable. C'est l'une des premières mesures de protection contre le plomb dans le pays. Cependant, les conduites existantes restent en service dans de nombreux bâtiments pendant des décennies.
Source : Législation fédérale suisse, 1914
L'Ordonnance sur la réduction des risques liés aux produits chimiques (ORRChim) interdit formellement l'utilisation de peintures contenant du plomb en Suisse. Les peintures au plomb avaient été retirées du marché dès les années 1950, mais l'interdiction réglementaire n'intervient que 50 ans plus tard.
Source : ORRChim, Annexe 2.8, 2003
Conduites en plomb interdites
Pour l'eau potable
Peinture au plomb interdite
ORRChim, Annexe 2.8
Diagnostic obligatoire
Avant rénovation / démolition
En avril 2014, la ville de Flint (Michigan, États-Unis) change sa source d'eau potable pour réduire les coûts. L'eau corrosive de la rivière Flint attaque les anciennes conduites en plomb, contaminant l'eau de 100 000 résidents.
Les résidents se plaignent immédiatement : l'eau est jaunâtre, elle sent mauvais, elle provoque des éruptions cutanées. General Motors cesse d'utiliser l'eau de Flint parce qu'elle corrode ses machines. Pourtant, les autorités affirment pendant 18 mois que l'eau est sûre.
En 2015, la pédiatre Mona Hanna-Attisha démontre que les taux de plomb dans le sang des enfants de Flint ont doublé depuis le changement de source d'eau. Au moins 12 personnes meurent de légionellose liée à la contamination de l'eau. Des dizaines de milliers d'enfants ont subi des dommages neurologiques irréversibles.
Changement de source d'eau vers la rivière Flint
General Motors cesse d'utiliser l'eau — trop corrosive pour ses machines
Tests municipaux détectent des niveaux élevés de plomb
La Dr Hanna-Attisha prouve le doublement du plomb sanguin chez les enfants
Retour à l'eau de Detroit — 18 mois trop tard
État d'urgence déclaré — Garde nationale mobilisée
Le plomb tue silencieusement. Il ne provoque pas de tumeurs spectaculaires comme l'amiante — il réduit le QI des enfants, provoque des maladies cardiovasculaires, détruit les reins. Ses effets sont invisibles, diffus et dévastateurs.
morts par an dans le monde (OMS / IHME)
1’500’000
Décès annuels attribuables à l'exposition au plomb, principalement par maladies cardiovasculaires (OMS / IHME, 2021).
800 mio+
Plus de 800 millions d'enfants dans le monde ont un taux de plomb sanguin supérieur à 5 μg/dL, le seuil d'action de l'OMS.
765 mio
Points de QI perdus collectivement en 2019 par les enfants de moins de 5 ans dans le monde à cause du plomb.
170 mio
Américains nés entre 1951 et 1980 exposés à des niveaux dangereux de plomb dans l'enfance, avec une perte collective de 824 millions de points de QI.
USD 1’000 mia+
Coût annuel estimé de l'exposition au plomb dans le monde (perte de productivité, soins de santé), selon The Lancet Planetary Health.
~100
Pays dans le monde n'ayant toujours pas de limites légales contraignantes sur le plomb dans la peinture (OMS/PNUE, 2024).
L'essence au plomb a été éliminée mondialement en 2021. La peinture au plomb est interdite dans la plupart des pays développés. Mais le plomb reste présent dans des millions de bâtiments, dans les sols contaminés, et dans les canalisations anciennes.
En Suisse, tout bâtiment construit avant les années 1960 peut contenir des peintures au plomb, des conduites en plomb, des mastics au minium ou des revêtements anticorrosion à base de plomb. Lors de rénovations, ces matériaux libèrent des poussières toxiques qui menacent les travailleurs et les occupants — en particulier les enfants.
L'OMS est formelle : il n'existe aucun niveau d'exposition au plomb qui soit considéré comme sûr. Chaque microgramme compte, surtout pour le cerveau en développement d'un enfant.
L'OMS affirme qu'il n'existe aucun seuil en dessous duquel le plomb est inoffensif. Même des concentrations aussi basses que 3,5 µg/dL dans le sang sont associées à une baisse du QI chez les enfants.
Plus de 800 millions d'enfants dans le monde ont un taux de plomb sanguin supérieur au seuil d'action de l'OMS (5 µg/dL). 90 % vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire.
L'OLED (art. 16) impose un diagnostic polluants avant toute rénovation ou démolition de bâtiments construits avant 1990. Le plomb fait partie des polluants recherchés, aux côtés de l'amiante, des PCB et des HAP.
« Il n'existe aucun niveau d'exposition au plomb qui soit considéré comme sûr. »
Un diagnostic professionnel permet d'identifier la présence de plomb dans les peintures, canalisations et autres matériaux de construction. Nos experts interviennent dans toute la Suisse romande.
Demander un diagnostic →De l'Antiquité à 2024 : tous les événements clés de l'histoire du plomb.
Des objets en plomb sont retrouvés dans des sites archéologiques en Anatolie (Turquie actuelle). Le plomb, facile à fondre et à mouler, est utilisé pour des figurines, des poids et des sceaux.
Source : Archives archéologiques
Le poète et médecin grec Nikandre de Colophon décrit les coliques et la paralysie causées par le plomb dans son traité Alexipharmaca. C'est l'une des premières descriptions cliniques du saturnisme.
Source : Nikandre de Colophon, Alexipharmaca, IIe siècle av. J.-C.
L'architecte romain Vitruve, dans son De Architectura, recommande d'utiliser des conduites en terre cuite plutôt qu'en plomb pour l'eau potable. Il observe que les ouvriers du plomb ont « le teint pâle » et une santé dégradée. Le mot latin plumbum donnera « plombier » et le symbole chimique Pb.
Source : Vitruve, De Architectura, livre VIII
Les Romains cuisent le moût de raisin dans des récipients en plomb pour produire le sapa (sirop réduit au tiers) et le defrutum (réduit de moitié). L'acide du raisin réagit avec le plomb pour former de l'acétate de plomb — un édulcorant toxique. Les élites romaines en consomment quotidiennement.
Source : Columelle, De Re Rustica ; Pline l'Ancien, Histoire naturelle
Des historiens modernes émettront l'hypothèse que l'usage massif du plomb — conduites d'eau, vaisselle, cosmétiques, vin au sapa — a contribué au déclin de l'Empire romain par empoisonnement chronique des élites. La thèse reste débattue, mais les analyses de squelettes romains révèlent des taux de plomb très élevés.
Source : Jerome Nriagu, Lead and Lead Poisoning in Antiquity, 1983
Dans une lettre célèbre, Benjamin Franklin décrit les effets du plomb observés dans les imprimeries et les distilleries. Il note avec amertume que ces dangers étaient déjà connus depuis des décennies, mais que « l'humanité est lente à adopter les vérités qui contrarient ses habitudes ».
Source : Lettre de Benjamin Franklin à Benjamin Vaughan, 1786
Le médecin français Louis Tanquerel des Planches publie un traité médical exhaustif sur le saturnisme (intoxication au plomb), documentant plus de 1 200 cas cliniques. Il décrit les coliques de plomb, l'encéphalopathie et la paralysie des membres. L'ouvrage fait référence pendant des décennies.
Source : Tanquerel des Planches, Traité des maladies de plomb ou saturnines, 1839
En France, jusqu'à 50 % des ouvriers des usines de céruse (blanc de plomb) sont hospitalisés chaque année pour des intoxications graves. Les « coliques du peintre » deviennent une expression courante. Les femmes et les enfants sont particulièrement touchés.
Source : Rapports de l'Inspection du travail, France, XIXe siècle
En Australie, le Dr J. Lockhart Gibson identifie des cas massifs de saturnisme chez des enfants à Brisbane. Il établit le lien entre les peintures à base de plomb utilisées sur les vérandas et les intoxications infantiles. Les enfants ingèrent des écailles de peinture.
Source : J. Lockhart Gibson, Australasian Medical Gazette, 1904
La loi du 20 juillet 1909, soutenue par Georges Clemenceau, interdit l'usage de la céruse (blanc de plomb) dans tous les travaux de peinture en France. L'entrée en vigueur est reportée à 1915. La production n'est pas interdite — le plomb continue d'être exporté.
Source : Loi du 20 juillet 1909, France
La Suisse interdit l'utilisation de conduites en plomb pour les réseaux d'eau potable. C'est l'une des premières mesures de protection contre le plomb dans le pays. Cependant, les conduites existantes restent en service dans de nombreux bâtiments pendant des décennies.
Source : Législation fédérale suisse, 1914
L'Organisation internationale du travail (OIT) adopte la Convention n° 13 interdisant l'usage de la céruse et du sulfate de plomb dans la peinture. La France la ratifie en 1926. Les États-Unis refusent de la ratifier — ils ne l'ont toujours pas fait.
Source : Convention OIT n° 13, 1921
L'ingénieur Thomas Midgley Jr., travaillant pour General Motors, découvre que le plomb tétraéthyle (TEL) élimine le cliquetis des moteurs à essence. C'est le début de l'essence au plomb. Midgley inventera aussi les CFC, qui détruiront la couche d'ozone. Un historien le qualifiera de « l'homme qui a le plus nui à l'atmosphère terrestre ».
Source : Midgley et al., Industrial and Engineering Chemistry, 1922
General Motors, Standard Oil et DuPont créent l'Ethyl Corporation pour produire l'essence au plomb. En quelques mois, des dizaines d'ouvriers de l'usine de Bayway (New Jersey) développent des hallucinations, des convulsions et des psychoses. Au total, 15 ouvriers meurent et des dizaines sont hospitalisés. L'usine est surnommée « la maison des fous ».
Source : Archives du New York Times, octobre 1924
Lors d'une conférence de presse, Thomas Midgley Jr. verse du plomb tétraéthyle sur ses mains et en inhale les vapeurs pendant 60 secondes pour « prouver » son innocuité. En réalité, Midgley avait lui-même été hospitalisé pour intoxication au plomb peu avant. Il est ensuite contraint de partir en convalescence.
Source : Conference de presse, 30 octobre 1924
Après une suspension d'un an et une enquête du Public Health Service dirigée par des scientifiques proches de l'industrie, les ventes d'essence au plomb reprennent aux États-Unis. Robert Kehoe, médecin financé par l'Ethyl Corporation, affirme que le plomb est « naturellement présent » dans le corps humain — une affirmation fausse qui ne sera réfutée que des décennies plus tard.
Source : U.S. Surgeon General Conference, mai 1925
Robert Kehoe, directeur du Kettering Laboratory financé par l'industrie du plomb, publie des études affirmant qu'il existe un « seuil de sécurité » pour l'exposition au plomb et que les niveaux observés dans la population sont naturels. Il détient un quasi-monopole sur les données pendant 30 ans. Ses conclusions protègent l'industrie pendant des décennies.
Source : Kettering Laboratory, rapports 1943-1965
Le géochimiste Clair Cameron Patterson détermine l'âge de la Terre à 4,55 milliards d'années grâce aux isotopes du plomb dans des météorites. Mais pour y parvenir, il doit créer le premier laboratoire « ultra-propre » au monde : le plomb est partout — dans l'eau, l'air, la verrerie, les murs. Il comprend que la contamination au plomb est un phénomène mondial d'origine industrielle.
Source : Patterson, Geochimica et Cosmochimica Acta, 1956
Clair Patterson publie Contaminated and Natural Lead Environments of Man, démontrant que les niveaux de plomb dans le sang des Américains sont 100 fois supérieurs aux niveaux naturels. Il prouve que le plomb « naturel » de Kehoe est en réalité de la pollution industrielle. L'industrie du plomb tente de le faire taire : il perd des contrats, ses financements sont coupés, on le pousse à quitter le Caltech.
Source : Patterson, Archives of Environmental Health, 1965
Le sénateur Edmund Muskie convoque des auditions au Sénat où Patterson et Kehoe témoignent face à face. Kehoe maintient que les niveaux de plomb sont naturels. Patterson démontre, preuves à l'appui, que c'est faux. Ce combat préparera le terrain pour le Clean Air Act de 1970.
Source : U.S. Senate Hearings, Subcommittee on Air and Water Pollution, 1966
Le Clean Air Act est voté à l'unanimité au Sénat américain, sous l'impulsion du sénateur Muskie. Il donne à l'EPA le pouvoir de réguler les polluants atmosphériques, y compris le plomb. L'industrie résiste pendant encore des années avant que l'essence au plomb ne soit effectivement retirée.
Source : Clean Air Act, 1970, États-Unis
La Consumer Product Safety Commission (CPSC) interdit la peinture au plomb dans les logements, les bâtiments publics, les meubles et les jouets aux États-Unis. La France l'avait interdite dans la peinture dès 1909 — il aura fallu 69 ans aux États-Unis pour faire de même.
Source : CPSC, Lead-Containing Paint Rule, 1978
L'essence au plomb est enfin totalement interdite pour les véhicules routiers aux États-Unis. Le plomb tétraéthyle aura été ajouté à l'essence pendant 73 ans, contaminant l'atmosphère de la planète entière et causant des dommages irréversibles à des centaines de millions de personnes.
Source : EPA, 1er janvier 1996
L'essence au plomb est retirée du marché européen. La Suisse avait déjà cessé de vendre de l'essence au plomb dans les années 1990.
L'Ordonnance sur la réduction des risques liés aux produits chimiques (ORRChim) interdit formellement l'utilisation de peintures contenant du plomb en Suisse. Les peintures au plomb avaient été retirées du marché dès les années 1950, mais l'interdiction réglementaire n'intervient que 50 ans plus tard.
Source : ORRChim, Annexe 2.8, 2003
En avril 2014, la ville de Flint change sa source d'eau potable pour réduire les coûts. L'eau corrosive de la rivière Flint attaque les conduites en plomb, contaminant l'eau de 100 000 résidents. Les taux de plombémie chez les enfants doublent. Au moins 12 personnes meurent de légionellose. Les autorités nient le problème pendant 18 mois.
Source : Hanna-Attisha et al., American Journal of Public Health, 2016
L'Algérie est le dernier pays à cesser d'utiliser l'essence au plomb. Le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) déclare la fin officielle de l'essence plombée dans le monde. En un siècle, l'essence au plomb aura contaminé l'atmosphère de toute la planète.
Source : PNUE, 30 août 2021
Une étude publiée dans PNAS révèle que plus de 170 millions d'Américains nés entre 1951 et 1980 ont été exposés à des niveaux élevés de plomb dans l'enfance, entraînant une perte collective estimée à 824 millions de points de QI.
Source : McFarland et al., PNAS, 2022
L'OMS réaffirme qu'il n'existe aucun niveau sûr d'exposition au plomb et lance un appel mondial à l'action. Selon les estimations, le plomb cause 1,5 million de décès par an dans le monde, principalement par maladies cardiovasculaires. Un enfant sur trois dans le monde a un taux de plomb sanguin supérieur à 5 μg/dL.
Source : OMS, Semaine d'action internationale, octobre 2024
Cette page est basée sur des sources vérifiables et reconnues. Les faits présentés sont documentés dans la littérature scientifique, les archives historiques et les rapports d'institutions officielles.
Décrivez le bâtiment, les travaux prévus et le calendrier. Nous revenons avec le bon périmètre d'intervention.